Angkor à la croisée
des chemins
Une conjonction de plusieurs
facteurs mit, dès le début des années
80, le patrimoine angkorien dans une situation de danger
sans précédent. La grande pauvreté
de la population, l'abondance des armes, une autorité
militaire grandissante ainsi qu'une insécurité
généralisée en particulier dans les
régions limitrophes de la Thaïlande, font que
les objets d'art Khmer devinrent rapidement la cible d'un
important réseau international de trafic d'art ayant
pour base régionale la Thaïlande.
Au cours des années 1980 et 1990, le trafic illicite
devint une industrie organisée au Cambodge lui-même.
Toutefois, l'ouverture politique et économique du
pays en 1989 offrit de nouvelles perspectives pour la réorganisation
de l'infrastructure nationale et pour l'adoption de mesures
énergiques pour la protection du patrimoine culturel.
La pratique du bouddhisme fut progressivement acceptée
par l'Etat ; l'apprentissage des langues Occidentales fut
autorisé ; les investissements étrangers prirent
pied. De nouveau Angkor attira l'attention de la communauté
scientifique. La Faculté d'archéologie de
l'Université des Beaux-Arts de Phnom Penh fut réouverte
en 1989. Angkor est redevenu, aujourd'hui, l'élément
essentiel de construction et de redécouverte de l'identité
nationale Khmère.
Les changements sociaux, économiques et politiques
amorcés à la fin des années 1980 catalysèrent
en même temps de grandes pertes et destructions; les
ressources naturelles comme l'héritage culturel en
souffrirent profondément. Profitant du marché
désormais libre, et d'une situation confuse laissant
planer un avenir incertain, de nombreuses personnes occupant
certaines positions politiques et sociales, cherchèrent
à accroître leur richesse personnelle. À
Siem Reap, le trafic illégal d'art, ainsi que le
débitage du bois, se révélèrent
de plus en plus lucratifs.
Confrontée à un mouvement croissant de pillage
dans le Parc archéologique, la Conservation d'Angkor
dut se résoudre à ramener du site certains
objets dans son enceinte. Bien qu'entourée de fils
de fer barbelés, avec ses dépôts protégés
de sacs de sable, et surveillée par des gardes armées
vingt-quatre heures sur vingt-quatre, la Conservation n'arrivait
toujours pas à empêcher le vol. Par trois fois,
entre 1992 et 1993, elle fut attaquée par des éléments
armés. De nombreuses pièces de grande valeur
furent dérobées. En réponse à
cette violence qui paraissait incontrôlable, le gouvernement
opéra le transfert de plus d'une centaine de pièces
à Phnom Penh. Avec le concours de l'UNESCO, les mesures
de sécurité furent renforcées à
l'intérieur et autour de l'enceinte de la Conservation.
Il faut cependant noter que si les menaces à l'encontre
du patrimoine angkorien ont augmenté de façon
spectaculaire pendant la période de transition, les
moyens d'action et les mesures de protection se sont accrus
parallèlement. En novembre 1991, S.A.R.
Le Prince Norodom Sihanouk, en sa qualité de Président
de l'organe mis en place avant les élections, le
Conseil National Suprême (CNS), a signé les
instruments d'accession à la Convention de 1972 sur
la protection du patrimoine mondial culturel et naturel,
achevant de la sorte la ratification par le Cambodge des
trois principales conventions internationales sur la protection
des biens culturels. Les obligations du Cambodge en tant
qu'État signataire de ces trois conventions - Convention
de La Haye de 1954 pour la protection des biens culturels
en cas de conflit armé, Convention de 1970 concernant
les mesures à prendre pour interdire et empêcher
l'importation, l'exportation et le transfert de propriété
illicites des biens culturels, et Convention de 1972 concernant
le patrimoine mondial - exigeaient, entre autres, l'adoption
d'un large éventail de lois et de règlements
natio-naux. Fixant les conditions pour la promulgation de
mesures législatives pour la protection du patrimoine
culturel, l'inscription provisoire en 1992 du site d'Angkor
sur la liste du patrimoine mondial rappela ces obligations
nationales. Au début des années 1990, avec
une assistance juridique internationale, des amendements
furent introduits dans le Code pénal de l'État
du Cambodge, établissant des sanctions contre la
destruction, le vol et le trafic illicite de biens culturels.
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