Période Angkorienne

Les débuts de l'Empire

L'originalité de cette civilisation en constant développement, qui s'est notablement affirmée par rapport à la période précédente, se manifeste à travers l'épigraphie, l'architecture et l'art.

On discerne de nouvelles influences dans ces domaines, donnant naissance, notamment, à un changement radical dans la statuaire du début de cette période : à la différence des images de l'époque antérieure caractérisée par les flexions du corps, les personnages se tiennent désormais droits, présentant un hiératisme, une frontalité marquants. La perte de grâce dans la posture est frappante, de même que le caractère massif des jambes. En fait, ces modifications sont surtout les conséquences d'un événement politique singulier : l'arrivée au pouvoir de Jayavarman II, en l'an 802, qui marque un tournant non seulement aux yeux des historiens modernes, mais aussi, et c'est le plus important, dans la mémoire Khmère durant des siècles à venir.

Lors de ses campagnes à travers le pays pendant les dernières années du VIIIème siècle, Jayavarman II unifie progressivement des principautés disparates et rivales. Son long périple pour remembrer le royaume morcelé culmine avec l'institution d'un culte royal dont l'idole est un linga particulier ; celui-ci assure magiquement l'indépendance du pays et l'existence d'un seul monarque. Ce linga, situé au sommet du Phnom Kulen, confère une légitimité politico-religieuse au roi et aux monarques qui doivent lui succéder. C'est par ce culte que la notion de souverain universel, ou cakravartin, fut pour la première fois formulée. Un pouvoir royal central fut ainsi consolidé et renforcé dans un Cambodge uni à l'aide de cérémonies religieuses spécifiques.

En montant sur le trône presque trente ans après la mort du fondateur d'Angkor, Indravarman confirme le lien intime entre religion et royauté. Il institue le culte des ancêtres royaux afin d'assurer leur séjour posthume dans les mondes divins ; ainsi, le temple qu'il fait construire pour honorer la mémoire de Jayavarman II et ses ancêtres (Preah Ko) confère la légitimité généalogique au monarque régnant. Ce n'est qu'après qu'il fonde son temple-montagne personnel, le Bakong, qui consiste en une pyramide à cinq étages, couronnée par un sanctuaire central et entourée par de nombreux sanctuaires et édifices annexes. Ces deux types de temple, dédiés aux ancêtres royaux ou au roi lui-même, devaient être régulièrement entretenus, et ils serviront de modèles pour les souverains suivants.

Il est important de noter qu'en dépit de ses racines évidentes dans les modèles Khmers plus anciens, le décor du temple du IXème siècle et, dans le cas du Bakong, la réalisation architecturale elle-même, révèlent des influences Javanaises. Par ailleurs, la différence assez marquante des formes esthétiques par rapport à l'époque pré-angkorienne tire une partie de sa force initiale de ces dernières. A travers le temps, l'indépendance artistique va pourtant s'affirmer, venant renforcer et consolider l'indépendance politique déclarée au moyen du rituel spécifique par Jayavarman II. En fait, on peut discerner à l'époque angkorienne une grande évolution artistique dans les arts. D'autre part, en mettant au point des techniques simples mais efficaces pour exploiter les sources d'eau naturelle au profit du royaume, Indravarman pose concrètement les principes fondamentaux du génie civil qui se révéleront comme le soutien des institutions religieuses et politiques naissantes de la monarchie, lesquelles les soutiendront en retour par la suite. Sa contribution majeure est, en ce domaine, la création d'un système hydraulique complexe approvisionnant un grand réservoir (le baray) mesurant 3,8 km sur 800 m. L'eau est ainsi canalisée vers les douves entourant Preah Ko et le Bakong, qui symbolisent les "océans" concentriques entourant les "continents" ou, dans le cas des temples-montagnes, le mont Meru lui-même. Au cours des siècles suivants, l'innovation d'Indravarman contribuera à l'ascension rapide de l'Empire. Dès lors, on assistera au développement spectaculaire d'un type particulier de cité agraire - la cité hydraulique - basée sur ce système ingénieux d'exploitation de l'eau. Un second baray sera construit ultérieurement par Yasovarman, fils d'Indravarman.

 

 

 

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