Les ravages de la guerre

Cette politique naissante mais prometteuse de "Khmérisation" fut malheureusement bientôt interrompue par la guerre. Ainsi que cela s'est produit dans les autres domaines, dans les secteurs socio-économiques et administratifs, les progrès qui avaient été accomplis dans la gestion du patrimoine culturel furent anéantis dès les années 70.

Les activités de la Conservation furent considérablement réduites dès le début des années 70. Très vite, la présence militaire dans la région rendit impossible l'accès aux sites archéologiques, et le vaste et cohérent programme de recherches, de conservation et de restauration fut abandonné. Avec l'arrivée des khmers rouges en avril 1975, les éléments vivants de la religion bouddhique - monastères, statues du Bouddha, manuscrits et autres objets de culte - furent sciemment détruits et les moines défroqués, mais les khmers rouges n'eurent pas de politique particulière quant au riche patrimoine archéologique de cette province. L'indifférence semble avoir été une règle générale.

Cependant, bien qu'Angkor en tant que site fut abandonné, le concept d'Angkor en tant que civilisation était présent dans l'idéologie khmer rouge. Le temple d'Angkor Vat figurait sur le drapeau national du Kampuchea démocratique. L'hymne national proclamait que les khmers rouges surpassaient leurs ancêtres de l'époque d'Angkor. Dénonçant avec cynisme le "travail d'esclaves" par lequel l'Empire fut édifié, les khmers rouges exploitèrent le modèle angkorien, mettant l'accent sur le sacrifice personnel au profit des réalisations collectives. Toutefois, le patrimoine angkorien ne sortit pas indemne de cette période : de nombreuses statues en pierre furent détruites à l'explosif, et plusieurs statues en bois servirent de combustible. Les infrastructures hydrauliques de l'époque d'Angkor sont celles qui souffrirent le plus. De grandioses et ostensibles projets d'ingénierie, entrepris sous la forme de travaux forcés, avec pour objectif d'augmenter les capacités d'irrigation, se sont révélés inefficaces et parfois même contre-productifs, perturbant plutôt qu'améliorant le système hydraulique d'avant-guerre, basé en partie sur les structures angkoriennes. De nos jours encore, ces altérations entravent le développement de Siem Reap.

Chassant les khmers rouges, les troupes d'occupation Vietnamiennes prirent le contrôle de la ville de Siem Reap en 1979, contribuant elles aussi à la destruction et au pillage du patrimoine historique. Les troupes d'occupation commencèrent à se retirer de la région en 1980, une équipe Khmère de conservation fut progressivement mise en place, et en février 1982, l'évacuation des militaires Vietnamiens fut achevée.

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