Epoque Moyenne
Les siècles qui ont
suivi la chute de la capitale constituent une période
historique distincte tant aux points de vue politique, religieux
et linguistique qu'artistique. Tout en introduisant des
éléments qui annoncent le Cambodge moderne,
cette époque de transition plonge ses racines dans
le passé angkorien.
Les attaques constantes des Siamois à l'ouest et
par la suite des Vietnamiens à l'est, conjuguées
aux conflits internes, provoquent de fréquents déplacements
du pouvoir et une tendance générale à
se replier à l'intérieur du pays. En outre,
l'introduction progressive du bouddhisme Theravada reflète
et provoque un relâchement du pouvoir central, géographiquement
comme du point de vue des institutions : les monarques Khmers
de l'époque moyenne détiennent moins d'autorité
que leurs ancêtres angkoriens, la doctrine bouddhique
n'exaltant pas l'idée de sacrifice.
L'absence de construction monumentale dans la période
moyenne constitue un contraste des plus saisissant avec
la période précédente. Les monastères
remplacent les temples et sont conçus en conformité
avec l'idéologie et les pratiques du bouddhisme Theravada
: un espace ouvert et fonctionnel, capable de recevoir un
grand nombre de personnes, surtout lors des cérémonies.
L'art de cette époque est relativement peu connu.
Le nombre restreint de pièces qui subsistent reflète
aussi bien un changement dans l'emploi du matériau
(le bois remplace la pierre dans l'architecture religieuse)
qu'une réduction dans la quantité produite.
De plus, peu résistant aux ravages du temps et de
la guerre, les objets en bois et en bronze qui nous sont
parvenus ne représentent qu'une petite partie de
la production de cette époque. Bien que l'éventail
iconographique fut considérablement réduit,
car c'est principalement l'image du bouddha qu'on sculptait,
les oeuvres de cette époque révèlent
un art encore raffiné du point de vue technique et
esthétique. Parallèlement, le nombre des inscriptions
se réduit et la nature de leur contenu change totalement
à l'époque moyenne : s'imprégnant entièrement
de la foi Theravadin, les inscriptions en Khmer moyen sont
exclusivement votives.
Bien qu'Angkor fut abandonnée en tant que capitale
dans le deuxième quart du XVème siècle,
la région continue d'être habitée jusqu'à
l'époque moderne. La mainmise Siamoise sur la cité
après son siège fut éphémère
mais la proximité de son armée empêcha
à jamais la monarchie Khmère de réinstaller
un centre de pouvoir viable à cet endroit, exception
faite de la deuxième moitié du XVIème
siècle. Plusieurs sites de la région d'Angkor
furent entretenus, d'autres reprirent de l'importance, mais
cette fois dans le contexte Theravadin. L'expression religieuse
et artistique Khmère de l'époque moyenne semble
avoir atteint son point culminant lorsque le roi Ang Chan,
suivi de son fils et de son petit-fils, entreprit sa réoccupation.
S'inspirant à l'évidence des modèles
angkoriens, ces rois exploitèrent les infrastructures
urbaines existantes et adaptèrent les fondations
religieuses brahmaniques à la nouvelle foi. Dans
Angkor Thom, le vestige le plus remarquable de l'expression
bouddhique est sans conteste le Baphuon : les artisans de
l'époque moyenne transformèrent toute la façade
occidentale du deuxième étage en un Bouddha
entrant au nirvana, long de soixante mètres. Sans
doute vers cette époque, un remodelage de même
importance fut entrepris au sommet du Bakheng, centre de
la toute première capitale d'Angkor : on construisit
en effet un Bouddha assis, engloutissant le sanctuaire central
et une partie des tours du quinconce. Le rayonnement du
bouddhisme d'Angkor est attesté, à cette époque,
par le Phnom Kulen devenu un haut-lieu de pèlerinage
des bouddhistes. De nombreux autres sites, tel que le Prasat
Prei près d'Angkor Vat, redeviennent des lieux de
culte vivaces. S'il y a un site qui bénéficie
d'un culte sans connaître, à aucun moment de
son histoire, une quelconque interruption, c'est bien Angkor
Vat. En lui, la religion officielle a toujours trouvé
son expression la plus éclatante.
Avec la chute de la capitale méridionale, Longvêk,
à la fin du XVIème siècle, Angkor fut
de nouveau abandonnée en tant que résidence
royale, quoique continuant d'être habitée et
d'être un lieu de pèlerinage bouddhiste.
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