La redécouverte d'Angkor
On considère que le
Cambodge est entré dans une nouvelle phase historique
aux alentours du début du XIXème siècle
avec le passage linguistique du vieux Khmer au Khmer moderne
et l'avènement d'une nouvelle ère politique.
Angkor, monument religieux de premier plan, ayant cristallisé
en lui les traditions politiques, linguistiques et artistiques,
va se placer dans un nouveau processus de conceptualisation,
à la fois au Cambodge et en dehors du pays.
Bien qu'au début du XIXème siècle,
le pays est encore sous la domination de ses voisins rivaux,
le Siam et le Vietnam, Ang Duong, monarque éclairé
mais dépourvu de toute ambition de conquête
- ou de reconquête - territoriale, est le premier
souverain depuis Ang Chan au XVIème siècle
à faire preuve d'une vision globale de la Nation.
Ce roi réhabilita les infrastructures civiles et
en créa de nouvelles, participe activement au développement
religieux et littéraire, et réforme les codes
juridiques. Ces actions conjuguées ont pu redonner
au Cambodge sa cohérence institutionnelle et politique,
ainsi qu'une certaine prospérité économique.
Angkor, et plus précisément Angkor Vat, redevient
un élément fondateur de l'identité
Khmère, et bien que le drapeau Cambodgien ait été
créé par le protectorat Français, l'image
d'Angkor Vat qu'il porte en son centre reflète une
vision autant Khmère qu'Occidentale de la Nation.
C'est vers la fin du règne d'Ang Duong dans les
années 1850, qu'Angkor commence à prendre
de nouvelles dimensions dues à l'entrée du
pays dans le concert des nations modernes. Henri Mouhot,
naturaliste Français envoyé en expédition
par la British Royal Geographic Society, fut le premier
Occidental à faire connaître, en 1863, les
merveilles d'Angkor à un large public international.
Peu de temps après, un ethnologue Allemand, Adolf
Bastian, fut le premier à essayer de comprendre Angkor
d'un point de vue scientifique, comparant les temples aux
modèles architecturaux Indiens. L'intérêt
scientifique d'Angkor ne manqua pas de susciter très
vite un intérêt politique. La France et le
Siam cherchaient chacun de leur côté à
consolider leurs pouvoirs respectifs dans la nouvelle configuration
politique régionale. Le Protectorat Français
sur le Cambodge, signé en 1863, inclue totalement
la région d'Angkor. Cependant, quatre ans plus tard,
un traité Franco-Siamois, conclu dans des conditions
douteuses, cède les provinces de Siem Reap et de
Battambang au Siam.
En échange, le puissant voisin accepte de renoncer
à ses prétentions antérieures sur l'ensemble
du Cambodge. Cependant, le Protectorat fut de plus en plus
actif dans la région d'Angkor dès les décennies
suivantes. On note d'intenses activités de recherche
menées par les Français dans la zone, dont
la mission Delaporte, spécifique aux monuments Khmers,
particulièrement à ceux d'Angkor. Intitulé
Voyage au Cambodge, la publication principale de Delaporte
est largement consacrée à la description de
l'ancienne capitale. Au tournant du XIXème siècle,
une étude monumentale du pays Khmer en trois volumes,
Le Cambodge, publiée par Etienne Aymonier, Résident
général du Protectorat, apporta une contribution
décisive à la recherche et à la connaissance
de la civilisation Cambodgienne. |