Aussi avons-nous
opté pour une présentation chronologique.
Quant aux mentions des noms des rois, des dates, des règnes…
elles sont volontairement réduites au minimum. Le
présent "guide", en effet, ne dispense
point le visiteur soucieux d'approfondir ses connaissances
sur Angkor de recourir aux travaux spécialisés.
Par ailleurs plusieurs travaux de recherche sur le terrain
sont en cours depuis quelques années dans Angkor
Thom. Certains sont conduits dans un but purement scientifique,
d'autres associés aux travaux de restauration des
monuments. Il est assez probable que tel ou tel point avancé
ici soit démenti à l'avenir.
Les résultats des tout derniers travaux de recherche
permettent d’affirmer l’existence jusqu'à
une période non encore déterminée d’un
cours d'eau traversant, du nord au sud, globalement la partie
est de la Cité. Il est possible qu'il s'agît
d'un affluent de l'Ô Khlot. Ce cours d'eau descendait
en longeant probablement le côté oriental du
Phnom Bakhèng.
Les remaniements d'Angkor
Thom
Angkor connut une période de tourmente, qui avait
sans doute commencé dès le bref règne
de Dharanîndra. Des révolutions de palais marquant
deux autres règnes sans éclat, et entraînant
une période de faiblesse et de trouble, ont rendu
possible le sac de la capitale par les Cham en 1177. La
capitale fut occupée pendant 5 ans, au bout desquels
le fils de Dharanîndra l'a délivrée.
Celui-ci se proclama alors roi, sous le nom de Jayavarman
(VII) . Adoptant le bouddhisme du mahâyâna,
le monarque sauveur s'attaqua à une vaste entreprise
d'aménagement de la capitale. Il ceignit la plus
grosse concentration de la ville, qu'il appellait toujours
Yaçodhara, par une muraille de 12 km. C'est cette
partie bien encadrée par un carré quasi parfait
que nous appelons aujourd'hui Angkor Thom (ou, littérairement,
Maha Nokor, la "Grande Cité"), par différenciation
avec Angkor Toch (la "Petite Cité", à
savoir Angkor Vat).
Le remodelage d'un tissu urbain existant depuis au moins
quatre siècles n'était pas chose facile, surtout
que Jayavarman voulait sa ville d'une composition spatiale
hautement symbolique. De plus la définition du carré
était assujettie à des contraintes incontournables,
notamment par l'existence du Phnom Bakhèng.
La muraille elle-même, appelée Jayagiri est
entourée d'une large douve appelée Jayasindhu
. Une inscription les compare explicitement à la
chaîne de montagne qui ceint l'Univers et à
l'Océan de Lait qui l'entoure. Ainsi donc Angkor
Thom fut, tout entier, le monde créé –ou
recréé après le sac par les Cham–,
surgissant telle une ambroisie par barattage de l'Océan
de Lait. Il est dès lors logique qu'à chaque
entrée (il y en a cinq) on voit représentée
la scène relative à ce mythe .
On est encore loin de tout comprendre quant à l'aspect
purement fonctionnel de l'aménagement. A l'angle
S-W de la muraille, se trouve un exutoire appelé
aujourd'hui Run Tadév, et qui fonctionne toujours
comme tel. On ne sait pas si le bassin rectangulaire, du
nom de Beng Thom, de ce côté-là, existait
déjà, de même que le Trapéang
Daun Mea dans le quadrant N-W, derrière le Palais
royal. A l'angle N-E de la muraille se trouve un dispositif
semblable au Run Tadév, mais de nos jours presque
totalement bouché. Les recherches à venir
nous diront si c'était un exutoire ou, comme cela
semble logique, une entrée d'eau.
A chaque angle de la muraille Jayavarman faisait aussi
construire un petit temple –le Prasat Chrung avec
abri de stèle inscrite. Seule la stèle du
Prasat Chrung S-W, aujourd'hui entreposée, est complète,
avec son inscription sanskrite sur les quatre faces.
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Porte d'Angkor Thom

Jayavarman VII


Angle sud-ouest d'Angkor Thom: l'exutoire Run Tadév

Angle sud-ouest d'Angkor Thom:l'étang Beng Thom
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| Angkor Thom aurait
pu n’avoir que quatre portes, une au milieu de chaque
côté du carré. La cinquième s'explique
par l'axe existant, trop important pour que le remodelage
de la cité ait pu le supprimer, qui mène du
Palais Royal à l'est et qui, symboliquement, se projette
sur le Mébon oriental. Cela d'autant plus que les Thommanon
et Chau Say soulignaient déjà l'axe existant,
à quelques centaines de mètres hors de la muraille
est.
Chaque porte présente un couronnement à
visage, qui n'est autre que la projection des visages du
Bayon. Point important à souligner car, entre autres
symboles, le Bayon apparaît au regard de toute la
Cité comme le Mont Mandara autour duquel pivote le
serpent Vâsuki du mythe du Barattage de l'Océan
de Lait. Il est lui-même le Jayagiri. C'est pour cela
qu'aujourd'hui, populairement il est aussi appelé
Angkor Thom, par métonymie. |