Mesures Nationales

La constitution du Royaume du Cambodge proclame :

• Article 69 : l’État doit sauvegarder et promouvoir la culture nationale. L’état doit protéger et promouvoir la langue khmère lorsque requis. L’État doit sauvegarder les monuments historiques, les biens culturels et restaurer les sites historiques.

• Article 70 : toutes infractions touchant au patrimoine culturel et artistique seront sévèrement punies.

• Article 71 : le périmètre des sites du patrimoine national ainsi que le patrimoine classé en tant que patrimoine mondial sont des zones neutres ou aucune activité militaire ne peut être tolérée.

Lokesvara, côté nord du sanctuaire central du
Neak Poan


1938



1995


La Loi Nationale


Au début des années 1990 et avec l’aide internationale juridique, des amendements ont été effectués au code pénal de l’État du Cambodge pour mettre en place des sanctions pénales contre la destruction, le vol et le trafic illicite de biens culturels afin de permettre aux autorités en place de s’occuper rapidement de ces problèmes en constante augmentation. Aider en cela par le vote d'un ensemble de lois sur la protection des biens culturels. Les lois et les statuts sur le patrimoine culturel furent adoptés en 1993 par Décisions du Conseil Suprême National. Même si ces mesures ne se sont pas révélées immédiatement efficace ni durables elles furent les précurseurs de mesures plus permanentes prisent lors des années suivant les élections.

En janvier 1996 la Loi sur la Protection du Patrimoine Culturel fut promulguée. Cette loi vise à protéger le patrimoine culturel contre tout acte de vandalisme. De transfert illicite de propriété, de fouilles, d’exportation et importation illégales.

La notion de Patrimoine Culturel se définit ainsi : « toute œuvre fabriquée par l’humain et tout phénomène naturel de nature scientifique, historique, artistique ou religieuse qui soit le témoin d’une certaine étape du développement d’une civilisation ou de la nature et dont la protection sert l’intérêt commun ». C’est une définition générale qui ne fixe pas de limites spécifiques, comme sur l’âge ou la valeur marchande d’un bien et qui laisse un grand champ de liberté d’action aux autorités responsables. C’est aussi compatible avec la définition donne par l’Article 1 de l’UNESCO de 1970 sur la Convention sur les Moyens d’Interdire et d’Empêcher l’Importation l’Exportation Illicite et le Transfert de Propriété de Biens Culturels.

Afin de protéger efficacement les divers sites historiques, comprenant souvent plusieurs monuments et couvrant une large zone du territoire, la loi inclut la délimitation des sites protégés. Effectivement, le patrimoine culturel cambodgien possède un certain nombre de groupes de Biens Culturels immeubles, formant chacun un ensemble homogène qui possède une valeur historique, architecturale et scientifique unique. Il est important de prendre des mesures de protection particulières afin de sauvegarder l’intégrité de ces groupes. La démarcation de ces sites et les mesures de protection sont inclus dans le Décret Royal du 28 mai 1994 portant sur le zoning et la gestion de la région de Siem Reap - Angkor. De plus, les sites des monuments et les réserves archéologiques sont propriétés publiques, tout bien à l’intérieur de cette zone est automatiquement classé.

Cet instrument juridique permet au Royaume du Cambodge de :

• Lutter contre le trafic illicite des biens culturels en prenant les mesures d’urgence nécessaires ;
• De remplir les obligations de la Convention sur le Trafic Illicite de 1970 de l’UNESCO et de bénéficier ainsi des mécanismes protecteurs de cet instrument international ;
• De garantir par étape une protection efficace juridique du patrimoine culturel national ;
• De rendre tangible l’inscription du site d’Angkor sur la Liste du Patrimoine Mondial en donnant suffisamment de protection juridique comme exigé par la Convention du Patrimoine Mondial de 1972.

La loi inclut aussi les engagements internationaux du Royaume du Cambodge dans le domaine de la protection du patrimoine culturel et rend tangibles plusieurs dispositions d’incidence indirecte incluses dans la convention sur le traffic illicite de 1970.

La Police du Patrimoine Culturel

En savoir plus

Inventaires des objets d’art

Des inventaires détaillés des objets d’arts qui se trouvent dans les bâtiments nationaux institutionnels (les musées nationaux et provinciaux, l’enceinte de la Conservation d‘Angkor) ont été réalisés avant les guerres des années 1970-80. Beaucoup d’objets in situ notamment les monuments eux-mêmes furent aussi bien documentés si ce n’est inventorié séparément. Le défi auquel doit faire face le gouvernement khmer est d’établir un inventaire d’après-guerre du patrimoine artistique. En le comparant à la documentation d’avant-guerre, cela servira de base pour l’identification d’objet volé et permettra de les récupérer. Des inventaires à jour sont, bien entendu, essentiels afin de décourager ou même d’empêcher plus de vols, et permettent de recouvrer les objets volés de nos jours

À Angkor les premiers pas ont été fait dans ce sens. Des spécialistes de l’art Khmer de l’École Française d’Extrême-Orient (EFEO), dont l’un d’entre eux avait déjà participe à l’inventaire d’avant-guerres, ont travaillé de 1994 a 1998 avec trois diplômés du Département de l’Archéologie et avec le soutien de l’UNESCO. Ils ont établi en nouvel inventaire de la collection de statues en pierre de la Conservation d’Angkor, déjà inventorié avant les guerres récentes. APSARA prépare maintenant une comparaison entre les inventaires d’avant et d’après-guerre pour dresser une liste des objets disparus. L’École Française d’Extrême-Orient possède dans ses archives parisiennes des photos des objets inventoriés avant-guerre. Cette recherche par archives permettra à APSARA d’illustrer les objets disparus. Le document final sera distribué à INTERPOLE et toute autre agence travaillant en collaboration avec le gouvernement khmer dans sa lutte contre l’art volé.

Ce travail s’inspire d’une publication ancienne, les cent objets disparus : Le Pillage d'Angkor. Résultat d’une collaboration entre le Conseil International des Musées (ICOM) et l’EFEO ce livre publié pour la première fois en 1993, révisé et re-édité en 1997 présente des descriptions illustrées de certain des objets les plus importants de la collection de la Conservation qui ont été volés entre les années1970 et 1990. Le livre a eu un impact majeur sur la lutte contre le pillage de l’art khmer, avec la restitution au gouvernement cambodgien de nombreux objets publiés.

Campagnes de Sensibilisation

APSARA s’efforce de sensibiliser les locaux, les nationaux et les communautés internationales concernées sur tous les aspects du site d’Angkor : l’histoire, les traditions, l’aspect social, environnemental et la protection du patrimoine culturel. Voici quelques unes des actions menées ces dernières années à cette fin.

Au cours de l’année 1994-1995 APSARA a effectué des recherches sur divers aspects d’Angkor pour compléter les données rassembles par le projet ZEMP (Plan de Zonage et de Gestion de l’Environnement, supervisé par l’UNESCO, à la suite de l’inscription temporaire d’Angkor sur la Liste du Patrimoine mondial). Ceci afin de réaliser un document unique servant de manuel de base de travail d’Angkor. L’ouvrage terminé : Angkor, un Manuel pour le Passé, le Présent et le Futur fut publié en 1996 par APSARA. La version anglaise fût rapidement suivi d’une traduction française et khmère.

Le forum de Tani, sur la Gestion du Patrimoine Culturel :
Dans le cadre des recherches sur les sites de fours angkoriens découverts au village de Tani, le Département de la Culture a tenu un forum sur la Gestion du Patrimoine Culturel à Wat Run, près du village de Tani en 1996. Ce forum a permis aux villageois ainsi qu’aux chefs d’écoles et religieux d’échanger des informations et des opinions sur la protection du patrimoine culturel par les autorités locales, provinciales et même nationales, tout ceci en présence de membres de l’équipe internationale de chercheurs. Pour l’occasion, APSARA a travaillé avec un théâtre d’ombres local (sbaek touc), créant un spectacle sur la protection du patrimoine culturel. Le forum fut suivi par ce spectacle d’une nuit, qui attira des villageois de toutes les régions voisines. En 1998, APSARA a publié une brochure sur la protection des fours angkoriens. Les trois versions, khmères, anglaises et japonaises furent distribuées dans toute la région aux personnes concernées. Une autre brochure devait être publiée en 2002.

Dans le cadre de son projet continu pour développer un programme de conservation complet pour les temples d’Angkor, APSARA travail avec les autorités des villages et districts du Parc d’Angkor pour promouvoir et sensibiliser à la protection du patrimoine culturel et à sa préservation. Ainsi que pour encourager l’établissement de bonnes relations entre les villageois et les touristes . Alors que les programmes scolaires portant sur ce sujet restent à l'état de projet, les chefs des communautés locales ont déjà commencé à éduquer les villageois sur l’importance de garder les enfants à l’école plutôt que la satisfaction immédiate de les laisser chasser le touriste autour du Parc… Les actions d’Éducations et de culture pour les résidents sont encore à mettre en place avec les pagodes bouddhistes situées à l’intérieur d’Angkor Wat.

Sensibilisation par les Médias

En 1996 et 1997, lors de l’exposition de l’art khmère tenue à Paris, Washington, Tokyo et Osaka, une place prépondérante fut donnée par les médias de ces pays aux problèmes du pillage des temples khmers. Parmi les divers articles et documentaires produits à cette époque trois sont particulièrement importants :

• Une Équipe de télévision de National Geographic a passé plus d’un an à collaborer avec APSARA préparant un documentaire sur le pillage d'Angkor. La première diffusion du film fut le 31 août 1997.
• Une équipe de la télévision franco-allemande ARTE travailla en mai 1997 avec le personnel d’APSARA pour produire un documentaire de 52 minutes sur la lutte contre le trafic illicite des biens culturels Khmers.
• En Juillet 1997, le journal Français Le Monde publia une série de 12 articles sur le trafic illicite dans le monde entier. Une de ces séries, intitulait « Les tribulations de la déesse d'Angkor », décrit l’odyssée internationale d’une statue volée à la Conservation d’Angkor (DCA 7081) et finalement restituée aux autorités cambodgiennes le 2 juin 1997

De nombreux autres documentaires et articles de journaux ont été produits sur le sujet depuis l’exposition de 1997. Les médias nationaux khmers ont commencé surtout depuis 1998 - 99 à donner une couverture importante sur le problème à Angkor et ailleurs dans le pays.

 

 

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